Transversale : extraits

La toile

Le chevalet ancré
La palette arc-en-ciel
Le tableau hideux et
L’intuition essentielle.
La toile est un secret
La toile est en velours
On y invente la paix
Et l’implacable Amour.
C’est ici que la chair
Tourmente et sculpte une onde
Une fleur une bergère
Et sa peine profonde.
C’est ici qu’on enfante
La danse de nos yeux
Et que l’aube dormante
A triché contre Dieu.

Terre

Dans l’immensité
Âpre du désert
La pierre embrasée
Flamboie comme mer.
Le sol est de fer
Sans espoir ni miel.
J’ai perçu la guerre
De l’eau et du sel.
Comme une morsure
Serre de ses griffes
L’ardente nature
Sur les cœurs rétifs.
Pupille torride
Et le cheveu fou
Par ces vents arides
D’où revenez-vous ?

Deux soldats

Blancs dans le froid et dans le gel
A la lueur qui s’éveille,
Les mains crispées,

Cachés, deux soldats blafards
Guettent un étrange cauchemar
Le cul mouillé…

Ils devinent la pulsation
D’un cœur saignant en haillons
Ivre d’horreur.

Ils flairent le silence toqué.
L’ennemi dissimulé
Pisse de peur.

Ils attendent, plus un bruit,
Et tremblotent dans la nuit,
Sueur au front.

Soudain, l’hallali s’étire.
Les balles sifflent et déchirent
Un ciel sans nom.

Influenza

C’est l’ennui du jour,
C’est le rouge sang,
C’est l’âpre séjour
D’un baiser vivant
Vers l’œil moribond
D’un poète fou,
C’est l’ardent courroux,
Notre glas profond.
Cette blanche fièvre
Sait nous dévorer.
Ainsi de ses lèvres
Naîtra une rosée
Dont on boit le feu.
Maintenant je veux
La vive folie
Que chacun oublie.

Fractale(s)

Mon œil impatient
Crève en une spirale
Le feu du levant
En mille fractales.
L’éclat scintillé
Brûle de sa lèvre
Ma raison vrillée
Aux multiples rêves.
Et de vives aurores,
Comme des agates
Luisantes et sonores,
Comètes pirates,
Prennent leur essor,
Battent de leurs ailes
La terre immortelle
Vêtue de phosphore.

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